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Une histoire de compensations

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Une histoire de compensations

Catégorie : Matière à penser

Compenser c’est trouver des astuces qui vont atténuer les effets négatifs d’une réalité handicapante, améliorer le quotidien et la vie avec les autres.

La compensation pour un malentendant c’est l’appareil auditif, pour un paraplégique le fauteuil, le port de chaussures à talons pour une jeune fille qui se trouve trop petite, etc. Ces compensations sont commercialisées, à la disposition de tous (s’ils ont de l’argent).

Quel seraient alors les compensations pour des adultes entendants, valides physiquement  mais  trisomique 21, dyslexique, dépressif etc… des adultes qui veulent être heureux et se sentir mieux avec les autres ?

Les compensations ne peuvent être qu’humaines. Comme il n’y a pas deux personnes identiques, la compensation devra être singulière, adaptée à cette personne, à cette situation, ce sera du cousu main.

La compensation passera par des moyens techniques, comme un rappel par un bip sur le téléphone pour celle qui a des problèmes de mémoire, une liste écrite, une photo où figure un bon rangement, ou encore un exercice de respiration.

Elle passera aussi par des moyens humains, comme une écoute active : entendre, analyser la situation, faire appel aux connaissances expériences, dialoguer, pour proposer des solutions simples, concrètes, réalisables.

Ces trouvailles sont possibles, peu onéreuses, non commercialisables. La fabrication de ces compétences suppose un espace, un temps où des citoyens en lien, bienveillants analysent, imaginent, proposent et suivent les effets sur la personne vulnérable. Sans surprise les effets agissent sur chacun. Les énergies, les échanges, la dynamique opèrent !

Nous savons que notre époque fait pression pour que l’anormalité soit exclue ou le moins visible possible. Les personnes pénalisées par une déficience intellectuelle ou une vulnérabilité psychique font très peur. La société est normative. La télévision, la publicité essaient de faire croire que pour  être heureux il y a une solution, un mode d’emploi à suivre, une crème à appliquer pour devenir « jeune, beau, connu… » et ainsi trouver sa place dans la société, adopter un comportement standard !

Nous le disions au début : compenser c’est trouver des astuces qui vont atténuer les effets négatifs d’une réalité handicapante. Les personnes vulnérables mentalement et / ou psychiquement nous mettent au défi de trouver pour chacune l’outil adapté qui va améliorer sa vie professionnelle, personnelle. Ne nous amèneraient-elles pas à penser qu’elles deviennent les inspiratrices de propositions de compensation pour la société ?

Notre monde court de plus en plus vite, recherche la rationalité, l’efficacité technique, économique,  logistique. Or, l’atmosphère qui baigne dans les groupes de recherche de compensations singulières, produit ce que nous pourrions appeler des moments de luxe : n’est-ce pas un luxe à l’heure actuelle que de prendre le  temps, avoir du temps pour s’écouter, pour réfléchir, créer. N’est-ce pas un luxe que de s’accepter différents, un luxe que de se sentir important dans un groupe, un luxe de relativiser les codes sociaux, d’oser proposer des idées, de rire, de pleurer, d’être naturel, de côtoyer  des personnes d’âge, de religions de milieux sociaux variés… simplement ?

La société qui cherche le plus performant, qui donne raison à celui qui parle bien, qui fait penser que l’autre est un ennemi, ne gagnerait-elle à s’intéresser aux compensations conçues avec les personnes qui causent mal, qui rasent les murs, qui sont bizarres ?

Marie-Paule BLANCHARD, Co-Fondatrice et Directrice d’AVEC


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